Postérité

 

Ses collègues scientifiques et le gouvernement américain ont rendu hommage à de nombreuses reprises à David A. Johnston, appelé par ses amis sous le diminutif de « Dave ». Connu pour sa diligence et sa nature particulière, il est décrit comme « un scientifique exemplaire » dans un éloge de l'USGS, ainsi que « sincère et sans affectation, avec une curiosité et un enthousiasme contagieux »8. Il a été prompt à « dissiper le cynisme » et à croire que « l'évaluation minutieuse et l'interprétation » étaient la meilleure approche pour son travail8. Une notice nécrologique sur Johnston signale qu'au moment de sa mort, il avait été « parmi les jeunes volcanologues de file dans le monde » et que son « enthousiasme et sa chaleur [...] manqueraient au moins autant que sa [valeur] scientifique »34. Andrew Alden, l'un de ses collègues, a déclaré que Johnston avait un grand potentiel et qu'il « avait beaucoup d'amis et un avenir brillant »35. À la suite de l'éruption, Harry Glicken et d'autres géologues de l'USGS ont dédié leurs travaux à Johnston30.
De nouvelles plantes et arbres repoussent parmi les troncs couchés après l'éruption.
De nouvelles plantes et arbres repoussent parmi les troncs couchés au Johnston Ridge 25 ans après l'éruption (juillet 2005).

Parce que Johnston croyait être en sécurité au poste d'observation de Coldwater II, sa mort a surpris ses amis et collègues. Cependant, la plupart des personnes, dont les membres de sa famille, ont affirmé qu'il est mort en « faisant ce qu'il voulait faire »3. Sa mère a déclaré dans une interview peu après l'éruption : « peu de gens peuvent faire ce qu'ils veulent vraiment faire dans ce monde, mais notre fils l'a fait. [...] Il nous dirait qu'il n'a jamais pu devenir riche, mais qu'il faisait ce qu'il voulait. Il voulait être proche si l'éruption avait lieu. Dans un appel téléphonique pour la fête des Mères, il nous a dit que [c'est une chose] que peu de géologues [ont la] chance de voir »3. Stephen Malone a convenu que Johnston était mort en faisant ce qu'il aimait et a déclaré qu'il « était très bon dans son travail »9.

Le rôle de Johnston dans l'étude du volcan dans les semaines qui ont précédé l'éruption a été reconnu en 1981, dans le cadre d'un rapport de l'USGS intitulé The 1980 Eruptions of Mount St. Helens, Washington :

« Parmi les nombreux contributeurs de données, aucun n'est plus essentiel à la reconstruction systématique des événements de 1980 au mont Saint Helens que David Johnston, à la mémoire duquel ce rapport est dédié. Dave, qui a été présent à travers toute l'activité jusqu'à l'éruption [...] et qui y a perdu la vie, a produit bien plus que des données. Ses idées et son attitude soigneusement scientifiques ont été cruciales pour l'ensemble des efforts et ils servent encore comme modèle pour nous tous. »

— R. L. Christiansen et D. W. Peterson, Chronology of the 1980 Eruptive Activity36.
Vue sur le Johnston Ridge Observatory.
Le Johnston Ridge Observatory (JRO) en décembre 2005.

Johnston a en effet été parmi les premiers volcanologues à venir sur le volcan lorsque les signes éruptifs sont apparus et, peu après, il a été nommé responsable de la surveillance des gaz volcaniques. Bien qu'analyste attentif, Johnston croyait fermement que les scientifiques avaient pour mission de prendre de tels risques afin de prévenir la mort de civils. Il a donc choisi d'être présent sur le site dans des conditions qu'il savait dangereuses. Lui et plusieurs autres volcanologues empêchent les gens de s'approcher du volcan durant les quelques mois d'activité pré-éruptive et combattent avec succès les pressions pour rouvrir la zone au public8. Leurs efforts limitent le nombre de morts à quelques dizaines d'individus, au lieu des milliers de personnes potentiellement présents dans la région si elle n'avait pas été fermée8.

Depuis la mort de Johnston, son domaine d'étude, la prédiction volcanologique, a considérablement progressé et les volcanologues sont maintenant capables de prévoir les éruptions en se basant sur un certain nombre de signes précurseurs qui se manifestent entre quelques jours et plusieurs mois à l'avance37. Désormais, les géologues sont aussi en mesure d'identifier les motifs caractéristiques des ondes sismiques qui révèlent une activité magmatique anormale38. En particulier, les tremblements de terre continus et de basse fréquence, les trémors, qui indiquent que le magma remonte à travers la croûte terrestre. Les volcanologues peuvent également repérer les émissions de dioxyde de carbone, qui sont un indicateur du taux d'alimentation du magma. Les mesures de déformation de la surface en raison d'intrusions magmatiques, comme celles qui ont été menées par Johnston et les autres scientifiques à l'USGS aux avant-postes Coldwater I et II, ont progressé en précision. Les réseaux de surveillance des déformations du sol autour des volcans sont désormais basés sur des technologies multiples : des radars interférométriques à synthèse d'ouverture (InSAR), des vérifications par GPS, des sondages en microgravité par lesquels les scientifiques mesurent le changement dans le potentiel gravitationnel ou l'accélération suite aux intrusions du magma et de la déformation en résultant, la déformation des matériaux, des inclinomètres, etc. Bien qu'il reste encore du travail à faire, cette combinaison d'approches a considérablement amélioré la capacité des scientifiques à prévoir les éruptions volcaniques37.

Malgré la mort de volcanologues dans d'autres éruptions postérieures, au mont Unzen en 1991 et au Galeras en 1993, les méthodes de prédiction semblables à celles utilisées par Johnston ont permis aux scientifiques d'acquérir l'autorité nécessaire à l'évacuation des habitants résidant près du Pinatubo, un volcan des Philippines, ce qui a évité des milliers de morts en 199135. Le travail de Johnston et sa mort font désormais partie de l'histoire. Avec Harry Glicken, il est l'un des deux volcanologues américains à avoir trouvé la mort au cours d'une éruption volcanique39. Glicken, sauvé in extremis par Johnston qui le remplace au poste d'observation de Coldwater II peu avant l'éruption du mont Saint Helens18, est mort onze ans plus tard au mont Unzen, en 1991, quand une coulée pyroclastique l'a touché, lui et plusieurs autres personnes dont Maurice et Katia Krafft